Vaccinium : Gros plan sur canneberges, airelles et myrtilles.

Etymologie et histoire

L’étymologie de mot vaccinium viendrait du latin « vacca » qui veut dire « vache ». En Anglais « cowberry » (V. vitis idae) est pousse à l'état sauvage dans la région de Sweden, là ou est née Linnée. Il est toutefois possible que le nom de Vaccinium soit issu d’une autre source mais aucune autre piste ne semble apporter de réponses plus tangibles. Les myrtilles (blueberries) , airelles et canneberge (cranberries), étaient cueillies dans la nature et appréciées des hommes depuis plusieurs centaines d’années. Les premières preuves de consommation de ces petits fruits datent de l’âge de bronze ; Une tombe trouvée au Danemark a révélé la présence d’une cruche en terre ayant contenu une boisson contenant du blé, de la canneberge, de la myrte et du miel

Botanique et biologie

On dénombre pas moins de 450 espèces de Vaccinium réparties sur une grande partie du globe : Amérique du nord, Europe, Chine, Mexique, Japon, Malaisie et même en Afrique. Les espèces poussent en général en sols acides riches en matière organique (podzol). Quelques espèces subtropicales sont épiphytes. En réalité la taxonomie du genre Vaccinium n’est pas très claire et les discussions existent encore aujourd’hui sur l’appartenance ou non de certaines espèces à ce genre. Comme beaucoup d'autres plantes acidophiles, les espèces de Vaccinium vivent en association avec une mycorhize* (par ex. : phoma radicis (canneberge), Oidiodendron sp. (Bluet)). Ce champignon est naturellement présent dans les sols riches en humus, il entoure les racines et les pénètres pour atteindre quasiment toutes les parties de la plante en circulant dans les tissus corticaux*. Cette mycorhize est une association symbiotique qui profite à la plante comme au champignon : La mycorhize améliore la disponibilité de nitrates et autres minéraux (principalement le phosphore) en augmentant la surface d’absorption de la plante dans le sol. La plante quant à elle fournit à ces champignons les produits de la photosynthèse.

Canneberge Cranberry Vaccinium oxycoccos - fruit Canneberge Cranberry Vaccinium oxycoccos - fleurs

Photo de gauche : Fruit de la Canneberge à petites feuilles Vaccinium ovycoccos (Origine Europe, Alaska...)

Photo de droite : floraison de la Canneberge à petites feuilles début juin Vaccinium ovycoccos (Origine Europe, Alaska...)

Les Canneberges (Cranberry)

En Amérique, la canneberge est l’espèce la plus utilisée commercialement. Les canneberges poussent à l’état sauvage dans les sols très acides, humides très tourbeux. La production de canneberges demande de bien connaître le cycle végétatif de la plante : La croissance des canneberges est assez lente. La plante qui rampe sur le sol se développe à partir de stolons formant avec le temps un couvre sol dense. Les tiges filiformes portent des petites feuilles elliptiques (5 à 8 mm de long sur 3 à 4 mm de large) opposées, persistantes, vertes lustrées dessus et blanchâtre dessous. Le revers de la feuille est couvert d’un nombre impressionnant de stomates. Cette densité importante de stomates rend la plante vulnérable aux aléas climatiques (lumière, température, hygrométrie et au vent) et il est plus facile de comprendre pourquoi la plante affectionne les milieux protégés. Le développement au ras du sol avec des pousses entremêlées les unes avec les autres est d’ailleurs une forme d’adaptation pour créer un microclimat limitant la perte d’eau de la plante. En culture, il est fortement conseillé de mettre en place un système d’arrosage par sprinkler pour palier au dessèchement. Au printemps les bourgeons axillaires donnent naissances à de nouvelles pousses érigées. Durant l’hiver, le feuillage devient complètement brunâtre presque noir. Les fleurs apparaissent au printemps sur des courts rameaux (5 à 7,5 cm) érigés donnant 5 à 10 fleurs. La pollinisation s’effectue par le vent comme par les insectes (Bourdons) attirées par le nectar que contiennent les fleurs. Les fleurs sont auto-fertiles et ne nécessite donc pas le croisement du pollen d’une fleur vers le pistil d’une autre. La baie rouge puis bordeaux foncé se récolte selon les variétés entre le mois de septembre et octobre.

Vaccinium macrocarpon Pilgrim fruits Vaccinium macrocarpon fleurs

1ere photo : Fruits mûre de la canneberge Américaine sur une parcelle de culture en Europe Vaccinium macrocarpon Pilgrim.

2ème photo : floraison de la Canneberge Américaine à la mi-juin Vaccinium macrocarpon Pilgrim

3ème photo : Parcelle en production de Canneberges en Europe Vaccinium macrocarpon Pilgrim

Les Airelles (Lingonberry - Dry Cranberry)

Les airelles sont réparties très largement sur une grande partie de l’hémisphère nord et particulièrement dans les régions à climat froid : Amérique du Nord, Alaska, Groenland, Allemagne, la Scandinavie, les montagnes du centre et du sud de l’Europe et l’Asie. Cette espèce est utilisée depuis plusieurs siècles pour faire des sauces, confitures et autres denrées alimentaires. V. vitis-idaea se développe dans des milieux boisés notamment près des lisières des pinèdes, dans des landes, au bord des tourbières, dans la roche sur des falaises et même au sommet des montagnes. Il est quelquefois nommé «dry cranberry» pour son affection particulière aux conditions sèches. Les baies sont riches en magnésium et en vitamines A et C. V. vitisideae est une espèce semi ligneuse à feuilles persistantes et à croissance relativement lente. Les feuilles sont ovales d’une longueur variant de 5 à 20 mm et 5 mm de large. La surface supérieure des feuilles est brillante, dessous la surface est mate avec des points noirs. Le pétiole est court : 3 mm de long. Les fleurs en grappe ou corymbe se composent de 4 pétales rose pale à blanc. Cette espèce fleurit à deux périodes, lorsque la température moyenne atteint les 4 °C entre avril et juin et entre août et septembre. Un plant adulte peu produire près de 1 Kg de fruits. Le rendement à l’hectare varie de 11 tonnes à 25 tonnes selon les variétés et des conditions culturales. Deux périodes de récolte sont possibles pour la plupart des variétés. Les rendements les plus important sont obtenus lors de la seconde récolte. La première récolte est souvent ignorée : A cette période les plantes sont en fleurs et la récolte risque de les faire tomber et de compromettre la récolte suivante.

1ere photo : Vaccinium vitis-idae à l'état sauvage dans les Vosges en mélange avec Empetrum nigrum et Calluna vulgaris.

2eme photo : Gros plan sur les fruits de Vaccinium vitis-idae Korale

Les Myrtilles (Blueberries)

Le mot myrtille désigne tous les arbustes du genre Vaccinium ayant des baies bleues ou noires (de l’anglais Blueberries). Cette large appellation provoque souvent de vives réactions puisque la plupart des gens ont dans l’idée que le mot est lié à une seule espèce ; celle qui pousse naturellement chez eux ! La littérature Anglaise distingue les myrtilles à faible développement « Lowbush Blueberries » et les myrtilles à grand développement « Highbush blueberries ».

Les Myrtilles à faible développement

Les myrtilles à faible développement sont nombreuses. En Europe, les plus connues sont représentées par deux espèces :

- Vaccinium myrtillus (Bilberries) : l’espèce dont on récolte en montagne, tous les étés les fruits.
- Vaccinium uliginosum , myrtille bleue.

En Amérique du Nord, l’espèce la plus connue est Vaccinium angustifolium (Lowbush Blueberries) . Beaucoup d’autres espèces de myrtilles existent mais peu présentes un véritable intérêt agronomique.

1ere photo : Gros plan sur les fruits de Vaccinium myrtillus

2eme photo : Gros plan sur les fleurs de Vaccinium myrtillus

3eme photo : Vue sur une parcelle de culture de Vaccinium myrtillus en Ardèche (Mr Teyssier)

1ere photo : Gros plan sur les fruits de Vaccinium uliginosum

Les Myrtilles à grand développement (Highbush Blueberries)

Il existe plusieurs espèces de myrtilles à grand développement, certaines espèces sont particulièrement adaptées aux régions à climat "froid" et d'autres sont davantage destinées à des climats plus doux.

Les myrtilles demandent une période de froid pour lever la dormance et commencer à pousser (sauf les espèces subtropicales !). Le nombre d’heures accumulées de « froid » varient considérablement d’une espèce à l’autre et même d’un cultivar à l’autre.

Il faut distinguer :

Les myrtilles arbustives pour climat "froid" (Northern Highbush) :

Ces variétés de Vaccinium corymbosum ont un besoin en "froid" particulièrement important (en général 1000 h). En général, les bourgeons commencent à débourrer lorsque la température dépasse régulièrement les 8°C.
Quelques Cultivars : Brigitta, Elisabeth, Chandler, Partriot, Collins, Darrow, Bluecrop...



Les myrtilles arbustives pour climat "doux" (Southern Highbush) :

Ces myrtilles sont le travail d'un long processus d'hybridation entre 2, 3 et quelques fois 4 espèces de Vaccinium. La faible demande de dormance (entre 150 et 500 heures de "froid") est transmise par les gènes de Vaccinium ashei et Vaccinium Darrowii.
Quelques Cultivars : O-Neil, Sharpblue, Misty, Southmoon, Julilee, Sunshine blue, Reveille, Ozarkblue...



Les Rabbiteye :

Vaccinium asheï (quelques fois V. corymbosum ashei) appartient au groupe des myrtilles à grand développement n’a besoin au contraire que d’une courte période de froid (400 à 500 heures de températures inférieures à 7°C) et peut donc s’adapter aux régions ayant des climats à hiver moins rigoureux. C'est une espèce (ou variété) originaire du sud des Etat Unis ; Centre de la Floride, Nord est de la Caroline, l'Arkansas.
Quelques Cultivars : Climax, Brightwell, Premier, Beckyblue, Chaucer, Tifblue, Briceblue, Centurion, Baldwin...



Les myrtilles arbustives de taille moyenne (Half-Hight Blueberries)

Ces myrtilles sont issues du croisement entre Vaccinium corymbosum (Highbush) et Vaccinium angustifolium (Lowbush). Le développement de ces Myrtilles est limité. Les cultivars sont particulièrement résistant au froid.
Quelques Cultivars : Bluetta, Greenfield, Sunrise, Chippewa, Friendship, Northcountry, Northblue, Northland, Northsky, Redskin, Tophat...

Cycle biologique et comportement de Vaccinium corymbosum (Northern Highbush)

Hiver
A l’approche de l’hiver les plantes s’endurcissent pour résister aux périodes froides. A cette saison, les bourgeons floraux et les bourgeons à bois sont clairement différenciés. La période de froid et de repos végétatif est essentiel. Comme cela a déjà été précisé précédemment, les besoins en « froid » varient fortement d’une espèce et même d’un cultivar à l’autre. La plus grande partie des myrtilles à grand développement demande en moyenne 750 à 1000 heures de froid (température moyenne inférieure à 7°C). Cette période conditionne la vigueur, la croissance et la production des futures plants de myrtilles. Le système racinaire reste quant à lui actif même à cette période : l’arrivée du froid provoque l’épaississement des racines et leurs brunissements. Les myrtilles à grand développement ont déjà passé des périodes à –40°C avec toutefois un taux d’hygrométrie bas. Il faut toutefois préciser que si ces plantes supportent des températures très basses, les fluctuations de températures inférieures à –29 °C ne sont pas pour autant favorable au développement de l’espèce.

1ère Photo : Vue sur des bourgeons à bois de Vaccinium corymbosum

2ème Photo : Vue sur des bourgeons à fleurs de Vaccinium corymbosum

2ème Photo : Vue sur la floraison de Vaccinium corymbosum

Photo : Lionel EHRHART


Printemps
Le bourgeons à fleurs ayant besoin de moins de froid que les bourgeons à bois, débourrent souvent avant. Les feuilles apparaissent pour la même raison plus précocement sur les brindilles que sur les gourmands. Les fleurs ouvertes et matures sont maintenant vulnérables aux gelées tardives. Si ces dernières supportent des –2°C, au delà de cette température, les risques de dommages ne sont pas à exclurent. La température létale des fleurs est atteinte à –5°C. La fleur suburcéolée, est composée d’une corolle dont la base contient un nectar attirant facilement les insectes mais l’accès est rendu difficile par la conformation de la corolle. La floraison dure, pour un peu près toutes les variétés, 4 à 6 semaines.

Eté
Les bourgeons à bois se développent maintenant rapidement, au même rythme que les racines. Au milieu de l’été les fortes chaleurs et l’eau moins abondante ralentissent le développement des racines. On observe à ce moment une pause dans la croissance et l’accroissement le plus significatif des fruits. La plupart des variétés de myrtilles à grand développement mûrissent sur 6 à 8 semaines. A maturité, la concentration en anthocyanes augmente très rapidement et les baies prennent les couleur bleu violet. Le taux de sucre des baies varie selon le degré de maturité entre 7 à 15 %. Le temps chaud, avec des températures entre 20 et 25 °C, est idéal pour faire mûrir les fruits. Ces températures optimum permettent aux baies de développer tous leurs arômes et d’augmenter très rapidement le taux de sucre. Les fruits les plus mures ne sont pas toujours facile à déceler, surtout pour le néophyte ! Certaines baies bien bleues ont quelques fois la base du fruit encore rose et sont par conséquent pas complètement arrivées à maturité. Les nouveaux bourgeons à fleurs s’initient en approximativement 60 à 90 jours après l’apparition des nouvelles pousses. Les températures entre 16 et 24 °C favorisent la formation de ces bourgeons.

1ère Photo : Vue sur les fruits de Vaccinium corymbosum

2ème Photo : Vue sur le feuillage d'automne de Vaccinium corymbosum

Photo : Lionel EHRHART


Automne
La croissance végétative continue jusqu’à la chute des températures. Le développement des bourgeons à fleurs continu durant cette période et cesse son activité dès le début de la dormance avec l’arrivée des températures fraîches et la diminution de l’intensité lumineuse. Les sucres issus de la photosynthèse se concentrent au niveau des racines et sont transformés en amidon pour être conservés. La coloration automnale rouge-orange marque pour certaines variétés le début de la chute des feuilles.

Comparaison des fruits entre V. corymbosum, myrtillus et uliginosum.

De gauche à droite, Vaccinium corymbosum, Vaccinium uliginosum et Vaccinium myrtillus

Photo : Lionel EHRHART

L'illustration ci dessus met en évidence les différences morphologiques des feuilles et fruits des espèces corymbosum, uliginosum et myrtillus. Il est interessant d'observer les coupes de fruits pour constater les différences de couleur de la chaire de chacune des espèces :
V. corymbosum à la chaire complètement blanche et seul l'épiderme (la peau) est bleu. Pour V. uliginosum, l'épiderme et le mesocarpe est bleu. L'endocapre lui reste de couleur blanchâtre. V. myrtillus, est totalement bleu/noir.
Ces coupes sont révélatrices de la concentration en anthocyanes des différents fruits : Le bleu, le noir traduit l'importance des anthocyanes. Les anthocianes appartiennent à la famille des flavenoides (antioxydants) particulièrement interessantes pour la santée.
Le tableau ci dessous présente la composition en polyphénols et anthocyanes de quelques espèces de Vaccinium.

Fruit
Polyphenols totaux en mg/100g fruits frais
Anthocyanes totales en mg/100g fruits frais
Airelle
652
45
Myrtille sauvage
569
147
Myrtille de culture Bluet
223
164

Les anthocyanes sont des polyphénols, elles sont particulièrement présentes dans la myrtille sauvage et le bluet : les fruits les plus foncés : bleu/noir. L'airelle étant rouge, les anthocyanes sont beaucoup mois présentes.
Si les anthocyanes ne composent pas la totalité des antioxydants c'est parce qu'ils sont également représentés par d'autres éléments comme les lignanes, les stilbènes, proanthocyanidines (tanin) et d'autres encore...
Dans notre cas, plus le rapport entre le total polyphénols et anthocianes est élevé, plus le gout est marqué en amertume : les tanins sont responssables de cette amertume (myrtilles airelles et canneberge.)